Conseiller général du Jura, canton de Lons Nord
Chille, Condamine, Courlans, Courlaoux, L'Étoile, Lons-le-Saunier, Montmorot, St-Didier, Villeneuve-sous-Pymont

Vous pouvez consulter mon 3ème compte-rendu de mandat, ici, mon indemnité d'élu ici et mes responsabilités liées au Conseil général du Jura, ici

Retrouvez un point d'avancement sur le Contournement Ouest de Lons-le-Saunier ici, une analyse sur l'économie locale ici et ma position sur l'aéroport Dole-Tavaux ici

vendredi 4 novembre 2011

Ma position sur l'aéroport de Dole-Tavaux

Pourquoi me suis-je abstenu aujourd'hui, lors de la séance publique de Décision Modificative n°2 (DM2) concernant un investissement supplémentaire du Département dans l'aéroport Dole-Tavaux ? *

Après m'être laissé le temps de la réflexion et au risque de me tromper, je considère que ce projet ne répond pas à un certain nombre de critères de performance économique dans le contexte actuel de crise et ne démontre pas sa viabilité sur le long terme. Je vous livre ici en toute transparence ma position sur l'aéroport de Dole-Tavaux.

Pourquoi l'abstention ?

Membre de la majorité départementale, je considère que mes convictions profondes guident ce choix politique de l'abstention, conformément aux engagements que j'avais formulés à mes électeurs. Comment l'assemblée départementale aurait-elle pu manquer de représentativité par rapport à l'avis des Jurassiennes et Jurassiens, qui par exercice de bon sens doutent aussi pour certains d'entre eux, de la pertinence du projet ?

Quels sont ces 5 points fondamentaux qui justifient mon abstention ?

1°/ Je m'étais engagé envers mes électeurs en mars 2011 à ne pas soutenir ce projet. En effet, en mars dernier, dans un document de l'entre-deux-tour, signé par mon comité de soutien, je parlais "de faire des économies, par exemple en arrêtant de subventionner l'aéroport de Dole-Tavaux".

2°/ Le Département a des compétences obligatoires qu'il peine à satisfaire correctement (routes, collèges, action sociale...). Nous avons la responsabilité de faire des économies sur les dépenses optionnelles, dans le cadre d'un budget de rigueur subi. Nous savons que l'aéroport Dole-Tavaux ne sera jamais rentable financièrement. Après le désengagement de l’État qui a "refilé le bébé" aux collectivités locales en 2007, la Région Franche-Comté s'est désengagée dès 2009 de son fonctionnement (de 36% à 16 %) et nous ne savons pas quelles seront ses orientations futures sur ce projet. Quoi qu'il en soit le Département devra être un des principaux investisseurs et mettre la main à la poche pour continuer à le financer (projet d'investissements de 14,32 millions d'euros sur 10 ans). Pour quels résultats tangibles ?

En effet, dans un contexte budgétaire très contraint, est-ce une priorité d'équipements de garder un aéroport local, alors que les flux de mobilité des Jurassiens sont tournés majoritairement vers d'autres aéroports qui nous encerclent ou nous dépassent dans les offres proposées ?

- Genève, 11,88 millions de passagers en 2010, pour 800 000 hab (aire urbaine franco-valdo-genevoise)
- Lyon St-Exupéry, 7 717 609 passagers en 2010, pour 1, 8 millions hab (aire urbaine)
- Bâle-Mulhouse-Fribourg, 4 125 525 passagers en 2010, pour 480 000 hab (aire urbaine)
- Dijon, 18 000 passagers en 2010, pour 340 000 hab (aire urbaine)
- Dole-Tavaux, 5239 passagers en 2010, pour 261 000 hab (Département du Jura)

Pouvons-nous rivaliser avec ces aires urbaines denses où les flux démographiques et d'attractivité sont plus importants ? Pouvons-nous prétendre inverser les tendances de flux et en capter de nouveaux avec de nouvelles offres commerciales, dont l'axe de développement prioritaire est le transport de voyageurs ? Est-ce que le développement futur de l'aéroport de Dole-Tavaux bénéficie vraiment à l'essor de l'économie locale ? Quelles études le montrent ? Si une grande entreprise doit venir parce qu'il y a l'aéroport à proximité et la zone Innovia, jusqu'à quand doit-on l'attendre ? L'enjeu de désenclavement du Jura est-il vraiment un enjeu aéroportuaire alors que des projets ferroviaires majeurs sont en cours ou à l'étude (TGV Rhin-Rhône branche Est...) ?

3°/ les compagnies (low-cost) qui doivent s'installer prochainement sont d'habiles collecteurs de fonds publics. En effet, ces groupes commerciaux exigent du "cash" (appelé "accompagnement commercial", 250 000 euros/an prévus), pour venir s'installer. Ces compagnies ne resteront probablement pas longtemps ou bien elles fixeront de nouvelles exigences pour rester. Jusqu'où feront-elles monter les enchères ?

4°/ L'avion deviendra un mode de transport de plus en plus onéreux et de moins en moins utilisé pour les trajets courts, au détriment des aéroports locaux. Une étude de la FNAUT (Fédération Nationale des Associations d'Usagers des Transports) indique que, de 1990 à 2030, l'avion aura perdu près de 39 millions de passagers au profit du train. Quel impact aura l'ouverture de la branche Est du TGV Rhin-Rhône qui reliera Mulhouse à Dijon ?

Par ailleurs, dans le prolongement de la mise en place en 2012 du système d’échange de quotas d'émissions de CO2 dans le transport aérien qui rapportera 380 millions d'euros à l’Union européenne (UE), celle-ci décidera peut-être un jour d’instaurer une taxe sur le kérosène dans un but environnemental et financier, ce qui handicapera fortement les aéroports locaux puisque les compagnies les déserteront pour cause de non rentabilité, tout en augmentant les prix des billets.

5°/ un rapport de juillet 2008, de la Cour des Comptes pointait déjà la non viabilité économique des aéroports locaux. En effet, à l'époque son Président Philippe SEGUIN présentait un rapport public thématique, intitulé "Les aéroports français face aux mutations du transport aérien". Lors de son discours de présentation, il affirmait que "l’absence de coordination entre les collectivités, voire leur concurrence, s’est traduite par un saupoudrage des investissements préjudiciable à la réalisation d’équipements de plus grande envergure et réellement rentables."

Philippe SEGUIN rappelait également que "les analyses menées par les juridictions financières ont d’ailleurs montré que la quasi-totalité des aéroports décentralisés sont en déficit chronique. Ils ne traitent qu’un faible trafic et fonctionnent essentiellement grâce aux subventions des collectivités territoriales." Il ajoutait: "En la matière, l’analyse fait le plus souvent défaut et très rares sont les collectivités capables d’évaluer de façon satisfaisante et indépendante les retombées économiques qu’elles tirent de l’existence de l’aéroport. Il est vrai que de telles évaluations sont difficiles à conduire et que la présence d’un aéroport peut constituer, un jour, le facteur décisif pour l’implantation d’une grande entreprise."

Je vous invite à lire le discours de Philippe SEGUIN et le rapport de la Cour des Comptes en date du 9 juillet 2008 (cliquez sur "discours" et "rapport").

Information supplémentaire

Nous pouvons également regarder ce qui se passe actuellement vers Grenoble où le Sénateur, Président du Conseil général PS André VALLINI évoque le dossier de l'aéroport de Grenoble-Isère (350 000 passagers en 2010), géré également par une délégation de service public avec Kéolis. Il annonce qu'une "décision douloureuse sera prise d’ici décembre" A lire ici.

Quelles alternatives ?


Je considère que l'on aurait pu négocier le retrait du Département de cette délégation de service public, ce qui nous aurait permis d'anticiper l'avenir de cette infrastructure et probablement coûté moins cher que les dépenses qui vont se succéder ces prochaines années.

Aujourd'hui, le seul intérêt viable, serait d'attirer une grande entreprise. Peut-on alors me prouver que les sommes mises dans cette infrastructure n'auraient-elles pas mieux servi l'économie Jurassienne partout sur le territoire, les créations et consolidations d'emplois, en subventionnant encore plus les artisans et les TPE-PME qui souffrent de la crise ? Celles-ci représentent plus de 90% des emplois dans le Jura.

* Complément d'informations:

Les chiffres évoqués, sont les seuls connus au jour où l'article a été écrit, alors qu'ils pourront variés suivant la stratégie de développement menée par le Département, au fur et à mesure de l'exercice.

Rappel des informations. 600 mouvements aériens commerciaux/an - Une délégation de service public de 600 000 euros/an jusqu'en 2019 - Lancement en 2007 du transfert de 150 aéroports appartenant à l’Etat (dont Dole-Tavaux) au profit de collectivités territoriales ou de leurs groupements - Des investissements à la charge du Conseil Général du Jura (2 millions d'euros pour 2011) - 5239 passagers en 2010 - Une société délégataire, le groupement Kéolis-CCI - 14 salariés embauchés sur le site

Au Conseil général du Jura:
- une Autorisation de Programme (AP) est une prévision de dépenses éventuelles
- un Crédit de Paiement (CP) est une validation de dépenses
- une Décision Modificative est un arbitrage au budget précédemment voté
- un accompagnement commercial est de "l'argent frais" distribué aux compagnies aériennes

1° Le rapport voté en Décision Modificative n°1 (juin 2011) est le suivant: "inscription d'une somme complémentaire de 600 000 euros pour la réalisation de la piste et du parking de l'Aéroport Dole-Jura [...] inscription d'une somme de 250 000 euros au titre de l'accompagnement commercial pour le développement des lignes régulières, qui sera versée à la SAS de l'Aéroport de Dole Jura, inscription d'une somme de 100 000 euros au titre de la promotion et communication pour le développement des lignes régulières, qui sera versée à la SAS de l'Aéroport de Dole Jura."

2° Le rapport voté en Décision Modificative n°2 est le suivant: "inscription d'une somme de 1,75 millions d'euros en AP et 1 million en CP pour terminer les travaux de piste et taxiway ainsi que réaliser les premiers travaux d'amélioration et d'extension de l'aérogare de l'Aéroport Dole-Jura, dans l'attente de l'évaluation en mars 2013 des premiers résultats de développement de l'aéroport."

13 commentaires:

  1. Je suis bien contente que tu te sois abstenu, ce projet est une grosse connerie, c'est balancer l'argent du contribuable et comme tu l'a si bien dis c'est financer un projet qui ne sera absolument pas rentable!!!!! Alors à quoi bon jeter l'argent par les fenêtre alors qu'il y a bien d'autres projets que le CG pourrait financer!!!

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  2. Marc Henry

    Vous avez raison en ce qui concerne l'aéroport Dole Tavaux qui apporte plus de mal que de bien . Voyageant beaucoup je suis toujours partie d'aéroports à peine plus lointains mais très performants sans pour autant faire une trop longue route pour y parvenir .Nous avons la chance dans le Jura d'être proche de Lyon ,de Besançon ,de Dijon et même de Genève .Ne soyons pas orgueilleux et acceptons que notre petit département n'ait pas d'aéroport .Aidez plutôt nos petites entreprises qui subissent la crise mais qui font vivre une grande partie de la population .Arrêtons de donner de l'argent aux grosses entreprises qui se dépêchent ensuite de délocaliser ou de réclamer encore et toujours au détriment des autres .
    Merci

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  3. Vous avez pris une décision sensée en vous abstenant. Cet aéroport nous coûte "les yeux de la tête" et pour quoi ? Quel est le coût donné par le CG par voyageur ????? Cet aéroport ne nous "rapporte" rien. L'argent dépensé là-bas serait plus utile pour la formation de nos jeunes (il est là l'investissement à faire), aider nos petites et moyennes entreprises, aider ceux qui se "battent" pour sauver et garder des emplois... Il y a tant à faire !!!!!!! Soyons logique et faisons part d'un peu de bon sens. Je vous félicite de votre engagement et de votre pertinence

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  4. Toute cette argumentation démontre que cet aéroport n'est pas rentable et qu'il ne le sera jamais. Dans ces conditions ce n'est pas l'abstention qui convient, me semble t-il, mais une position radicalement "contre".

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  5. Pourqu'oi n'avez vous pas la même position que M. PERNY ?

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  6. parce que c'est un homme libre et de dossiers. pourvu que ça dure !

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  7. Bien vu, sage décision! Au final, se positionner franchement contre me paraîtrait logique...
    Vous serez amené à vous démarquer plus d'une fois dans vos prises de position ; alors ne lâchez rien et restez fidèle à vos convictions !
    Faites le pour nous qui croyons en vous, merci !

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  8. Excellente démonstration de l'inutilité coûteuse de cet aéroport ! Bravo. Mais alors pourquoi s'abstenir ? il faut voter : NON.
    JP Thomas

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  9. Est-il besoin pour le Jura d'avoir une aéroport qui devrait être "la vitrine de notre département"(citation de Mr Perny)! Nous avons un hôpital à Lons qui est en déficit; l'hôpital de Dole qui ne se trouve pas en très bonne position; la population vieillissant, il manque des maisons de retraite; dans certains endroits de notre département, les routes sont dangereuses, car bombées et pleines de trous; les collèges sont à rénover, les voies ferrés sont à moderniser...et pendant ce temps-là, nos élus veulent dépenser les fonds publics pour flatter leur égo, penser à leur réélection, dans le développement d'un aéroport pour servir des intérêts privés, et non pas rendre service aux jurassiens. Nos élus ne méritent pas nos suffrages...il faudra s'en souvenir!

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  10. je découvre ce blog politique grace à l'excellent"quoi de neuf dans le jura".Pour l'aérodrome de Dole, la piste devait être rénovée vu son age:dont acte.Le programme 2012 de 3 vols pour Lisbonne,2 pour la Tunisie et un pour la Bulgarie semblait un peu timide pour un programme ...annuel, mais si j'ai bien tout compris, il s'agit d'un programme hebdomadaire!!Sans anticiper sur le type d'avions qui sera proposé(50 ou 100 sièges offerts par vol), il conviendra de trouver au moins 50% de remplissage,( soit 25 ou 50 clients par vol:soit 150 ou 300 passagers par semaine).Evidemment avec de telles espérances, la théorie permets d'arriver à un total annuel dépassant les chiffres de Dijon: CQFD. Et bien sur,ces milliers de passagers (virtuels!)nécessitent d'agrandir les salles d'embarquement et de débarquement de l'aérogare.
    Il serait peut être plus raisonnable d'attendre les résultats de 2012 et de 2013 pour voir si ces travaux sont vraiment nécessaires en fonction du total effectif des passagers transportés.Pour mémoire, dans les années 80, Dole traitait entre 8.000 et 9.500 passagers commerciaux par an avec les installations actuellement disponibles à Tavaux. Serait il possible que le C.G mette à disposition des contribuables l'étude de marché qui a permis de choisir le Portugal, la Tunisie et la Bulgarie ?
    Les agences de voyages locales et régionales ont elles été consultées ? Les compagnies aériennes consultées sont elles traditionnelles ou low cost? Une politique de double toucher avec un autre aéroport français a t'elle été envisagée pour conforter le remplissage des avions?
    Pour l'anecdote, ce n'est pas la réfection de la piste qui a fait cesser les liaisons sur Munich et sur Nice...mais la carence de la compagnie Air Vallée.Il n'est pas nécessaire de prendre les cons-tribuables pour des ignares.
    Ceci dit, merci à MHD pour son courage politique.

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  11. Complètement d'accord avec cette position.
    La priorité est l'emploi, et le Jura est en perte de vitesse à ce sujet pour ne pas dire dans une situation catastrophique.

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  12. Tout à fait d'accord avec votre position. Un chose m'échappe : pourquoi droite et gauche (sauf 2 de gauche) défendent l'indéfendable ??

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  13. Dole - Porto 29.99 € et le Conseil ajoute 15 € (impôts). C'est un bon business.
    Dijon et Lyon sont suffisant.

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