Dans cet article, à partir d'un exemple local, les lecteurs pourront constater l'influence d'une décision politique sur le quotidien d'une ville, d'un quartier et plus largement d'un bassin de vie. Ils pourront aussi vérifier la complexité des dossiers et leurs imbrications. Environnement, économie, mobilité, santé, qualité de vie, social et emplois: tout est lié !La Commission Départementale d'Aménagement Commercial du Jura rassemble différents partenaires institutionnels dont les collectivités territoriales. Sa composition est fixée par un arrêté préfectoral. Selon l'article L.752-6 du Code du Commerce, la CDAC se prononce sur les effets d'un projet en matière "d'aménagement du territoire, de développement durable et de protection des consommateurs". Elle raisonne principalement sur les questions relatives à "l'animation de la vie urbaine, sur les flux de transports, sur la qualité environnementale du projet, son insertion dans les réseaux de transports collectifs" ou sur des questions urbanistiques classiques.
Le mercredi 6 avril, j'y représentais le Président du Conseil général, Christophe PERNY. En ma qualité de représentant du CG pour cette réunion et suivant les règles admises par le droit, le secret des délibérations est imposé, comme la non-publication des documents constitutifs des dossiers examinés. Dans ce cadre, je livrerai uniquement quelques aspects politiques sur les questions d'aménagement urbain.
Lors de cette réunion, 2 sujets ont été examinés. L'un sur St-Claude qui a été validé et l'autre sur Lons-le-Saunier (ex bâtiment Sernam) que nous n'avons pas pu traiter car il a été retiré avant la réunion de la CDAC.
Sur ce dernier dossier, je souhaite livrer à la connaissance du plus grand nombre quelques réflexions. Le bâtiment "Sernam" à Lons-le-Saunier, actuellement à l'abandon, situé entre le Mc Donald's et le "pont de Macornay" est central. C'est pourquoi il mérite une réflexion globale et aucune précipitation quant à son aménagement futur.
1) l'aménagement du territoire
Sur cette question, il convient de rappeler que tout projet local ne doit pas créer de déséquilibre entre les différents commerces du centre-ville qui souffrent actuellement d'un manque de dynamisme commercial (des dizaines de baux commerciaux sont à céder). L'idée de disséminer les mètre carrés commerciaux est à proscrire puisque l'effet global sur la zone de chalandise revient à figer l'existant et à appauvrir les commerces de proximité et leur diversité, notamment pour ceux situés au cœur de ville.
De plus, l'impact sur le quartier des Toupes et sur la géographie locale (proximité du séminaire de Montciel et ZPPAUP: zone protégée) doit être mesuré avec pondération pour rendre cohérent l'aménagement de ce lieu en terme de qualité de vie. Toutefois, le document d'urbanisme de la ville de Lons-le-Saunier (PLU: Plan Local d'Urbanisme) relatif à cet éventuel aménagement n'est pas contraignant, puisqu'il autorise une construction commerciale à cet endroit (zone UA dite "urbaine centrale diversifiée").
Enfin, un aménagement de la zone de la Gare SNCF est en cours d'étude. En effet, "Gare et connexions", société de la SNCF qui propose des solutions d'aménagements pour les espaces extérieurs aux gares, a été chargée du projet par la CCBL (communauté de communes du bassin de Lons-le-Saunier). L'idée est de mettre en place un pôle d'échanges multimodal. Cette étude va coûter 70 000 euros, financée à hauteur de 15% par le Département.
C'est pourquoi, concernant l'aménagement des bâtiments Sernam, il est urgent d'attendre les conclusions de cette étude avant d'entamer quoi que ce soit, au regard de la proximité des projets qui ne devront pas se chevaucher, d'autant plus si l'étude met en lumière un besoin d'espaces pour le projet de pôle d'échanges multimodal.
2) le flux de transports
L'aménagement d'une zone commerciale à cet endroit augmentera de facto le flux automobile. Cette question est épineuse pour tous les lédoniens et les automobilistes en transit par ce secteur qui connaissent bien le problème d'engorgement aux heures de pointe. De plus, même si la finalisation du contournement Ouest pourra améliorer substantiellement cette situation pendant quelques années (le trafic va de nouveau s'intensifier par l'augmentation prévue du nombre de véhicules et du développement de notre bassin de vie), il n'est pas acceptable de parier sur une concentration supplémentaire de flux automobiles à cet endroit.
Enfin, si nous considérons les fermetures éventuelles des classes des Toupes et du Couchant dont nous refusons les fondements (causées par le dogme de la politique nationale de non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, proposée par le gouvernement UMP et soutenue par ses représentants locaux), je vous laisse imaginer le flux automobile supplémentaire dans le quartier un vendredi soir à l'heure du retour des étudiants par le train, du "rush" au Mc Donald's, des départs en week-end, des retours du travail ou des transports scolaires...
3) le développement durable
La qualité environnementale des réalisations privées ou publiques, décidées par les élus doit être un objectif permanent. Pour rappel, la nouvelle majorité départementale prévoit de doter le Jura d'un agenda 21 et d'être exemplaire en la matière: rénovation thermique des collèges, économies d'eau et d'énergies, circuits courts et diversification de l'agriculture...
a) la réglementation thermique (RT)
Pour rappel, la RT 2012 issue du Grenelle de l'environnement imposera aux bâtiments publics et privés du secteur tertiaire dès le 28 octobre 2011, pour toute nouvelle construction de mettre sur pied des bâtiments aux normes BBC: Bâtiment Basse Consommation. Pour tout le monde (bâtiments résidentiels), cette loi entrera en vigueur le 1er janvier 2013. Il convient donc de rappeler à l'ensemble des promoteurs privés de montrer l'exemple, comme les collectivités territoriales le font de plus en plus. Il ne suffit pas d'attendre le délai légal pour équiper nos territoires de bâtiments respectueux de l'environnement. C'est maintenant qu'il faut adapter nos décisions à ces nouvelles normes, nécessités environnementales et sociales.
b) techniques écologiques
La récupération des eaux pluviales, la végétalisation de nos espaces urbains et la perméabilisation des sols sont d'autres nécessités environnementales. Aujourd'hui, l'étalement urbain et l'enrobage (parkings, routes...) constituent des obstacles à toute politique de développement durable. Pourquoi ?
Face au changement climatique, comme les experts l'ont prévu, les saisons deviendront de plus en plus chaudes et instables. Faut-il attendre qu'elles arrivent pour adapter nos décisions ?
Ex: certaines études démontrent l'utilité de végétaliser les zones urbaines (arbres, espaces verts...) pour diminuer la sensation de chaleur et donc limiter les consommations d'eau et les désagréments sanitaires possibles notamment pour les plus fragiles (qui ont d'ailleurs un coût pour la société: interventions pompiers, soins...). Pareillement, les enrobés noirs pour construire les routes ou les parkings gardent la chaleur au sol et accentuent les phénomènes ci-dessus. Au maximum, il convient d'éviter la multiplication anarchique de ces équipements.
Ces questions urbanistiques préoccupent beaucoup de professionnels et d'élus à travers le monde, à notre tour de les inviter plus souvent aux tables des négociations Jurassiennes.
4) réseaux de transports
Le projet de la Sernam est encerclé par un flux automobile dense. De plus, il est mal desservi par les nouveaux modes de déplacements ou même les transports collectifs. La dangerosité pour les cyclistes et piétons à cet endroit est une évidence, au regard des aménagements à réaliser. Un tel projet ne pourra être viable que si une volonté politique permet de sécuriser et développer de nouveaux modes de déplacements, notamment alternatifs au "tout-voiture". Au 21ème siècle, tout le monde doit pouvoir choisir librement son mode de déplacement, en toute sécurité.
C'est sans compter sur l'augmentation des prix à la pompe qui pénalisera beaucoup de budgets familiaux, notamment pour les foyers péri-urbains pour lesquels les transports collectifs et doux deviendront des sources d'économies importantes. La nouvelle majorité départementale a déjà formulé le vœu de montrer l'exemple et d'inciter les collectivités locales à aller dans ce sens, celui de la modernité.
5) l'emploi et l'économie locale
Il est vrai qu'une nouvelle zone commerciale peut créer des emplois, les consolider ou encore les délocaliser. Localement, ces dernières années, nous avons assisté à des délocalisations d'emplois à l'intérieur de notre bassin de vie (ex: zone d'activités économiques de la Levanchée). Or, il faut savoir que certaines zones commerciales ne drainent pas des emplois dynamiques au sens où ils sont facteurs de création de nouveaux emplois sur le moyen et long terme. Elles peuvent figer l'emploi local, tout en menaçant d'autres face à une concurrence féroce et non maîtrisée pour un même secteur d'activités.
Il convient donc d'éviter tout phénomène de saturation et d'être toujours vigilant sur les questions de créations de zones commerciales qui ne sont pas naturellement porteuses de dynamisme économique local (voir l'étude de faisabilité pour la communauté d'agglomération lédonienne du cabinet Mazars).
Penser global, agir local
L'enjeu pour le Jura est capital. Il s'agit de comprendre enfin que le Département s'ouvrira vers l'extérieur et attirera de nouvelles personnes clefs que s'il oriente sa politique vers la sauvegarde de son identité environnementale ("Département vert"), à l'heure où tous les territoires rivalisent et se font concurrence entre eux. Concrètement, il faut travailler à sortir du lot le Jura, en mettant le paquet sur ses potentialités.
En effet, comme je l'ai souvent écrit sur ce blog et pour d'autres dossiers, la vitalité de notre Département réside essentiellement dans la préservation de ses territoires remarquables et variés et dans l'accentuation de son identité pour le rendre plus attractif.
Avez-vous encore envie de voir les grands projets pour nos territoires nous passer sous le nez ? Voulez-vous mettre fin à l'enclavement du Jura ?
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au plaisir de la longueur. intéressant
RépondreSupprimerque d'infos, d'idées, de dynamisme, de clarté.... ce qui nous laisse entrevoir un avenir prometteur, pour nous citoyens et notre mére TERRE !
RépondreSupprimerC'est au moins expliqué, et c'est clair ! Merci
RépondreSupprimerMerci de songer à nous informer utile tout autant qu'à nous intéresser à ces sujets qui nous concernent tous !
RépondreSupprimerBonne continuation, les débuts sont prometteurs !